« La première chose que je vois, ce matin, c’est des vaches de plus en plus maigres », confie Laurent Venuat, éleveur d’exploitation agricole depuis 1994 dans l’Allier. À 56 ans, cet homme a vu des sécheresses venir, mais jamais rien comme celui-ci. Son paysage rural, habituellement fertile, est aujourd’hui marqué par une dégradation insoupçonnée : les champs s’étiolent, les vaches s’affaiblissent et l’eau devient un bien rare.
Son exploitation, étalée sur 450 hectares répartis dans plusieurs communes, subit des pertes sans précédent. Les cultures d’herbe et de céréales — essentielles pour nourrir ses 240 vaches en lactation — ont perdu plus de la moitié de leur production. « Depuis le début de l’été, je distribue chaque jour près de 10 tonnes de fourrage », explique-t-il. « Cela coûte plus de 80 000 euros en dépenses supplémentaires… Et ce n’est pas la fin. »
Le fermier compte sur des réserves historiques pour passer l’hiver, mais le risque d’effondrement s’accroît chaque jour. « Les vaches deviendront plus maigres et les veaux seront plus souvent en danger de mort », prévient-il. Cette sécheresse pourrait même laisser une trace durable : elle menace de décaler les mises bas, réduire la productivité ou provoquer des avortements sur plusieurs années. « Pour deux ans, peut-être plus », admet-il avec détresse.
Malgré ses efforts pour préserver l’exploitation — en remaniant ses pratiques agricoles et en cherchant de l’eau dans les régions voisines —, Laurent Venuat n’a pas le choix : il doit affronter un été sans fin. « Les champs se tordent… Et tout ça, c’est l’été qui nous est tombé dessus », conclut-il, le regard fixé sur des vaches de plus en plus épuisées.