En Auvergne, une nuit glaciale a marqué l’heure du 27 mars, lorsque les températures ont plongé en dessous de zéro dans plusieurs secteurs. Face à ce danger imminent pour leurs récoltes, des vignerons de la région ont lancé une opération d’urgence : allumer des bottes de paille brûlées pour créer un bouclier contre le gel.
À La Roche-Blanche (Puy-de-Dôme), les équipes surveillent en permanence leurs 8 hectares de vignes, avec une dizaine de personnes mobilisées dès l’aube. Mickaël Gouyet, viticulteur, explique : « C’est un jeu d’adresse. À -0,3°C, on peut tenter d’allumer les bottes de paille. Le vent joue en notre faveur : il permet de sécher les bourgeons avant qu’ils ne soient endommagés par le froid. »
Sur une altitude plus élevée (le Puy de Mure), la situation est critique avec des températures à -0,5°C. Toutes les bottes sont en feu pour couvrir les végétaux. « Avec un vent de 15 km/h et des rafales jusqu’à 30 km/h, on a une chance de protéger nos récoltes », confie Maurice Gouyet, père de Mickaël.
Ce type de procédé est essentiel pour les vignerons qui cultivent du chardonnay à 450 mètres d’altitude. Ce cépage, plus précoce que le gamay ou le pinot noir, voit déjà ses bourgeons sortir. Un gel même modéré pourrait faire disparaître l’ensemble de la prochaine vendange.
« La fumée blanchâtre créée par les bottes brûlées agit comme une casquette solaire pour les bourgeons », souligne Maxime Ferrari, viticulteur. Le réchauffement nocturne a commencé vers 8 heures, mais les vignerons restent vigilants jusqu’aux Saints de glace, en début de mai.
Le froid pourrait revenir dans la semaine prochaine. Pour l’instant, la stratégie réussie des vignerons d’Auvergne montre que l’art de préserver ses récoltes face à la nature est bien plus complexe qu’on ne le croit.