L’horizon brisé : une famille en danger après la fin de la trêve hivernale

À l’approche du 1er avril, dernier jour de la trêve hivernale, une menace silencieuse s’impose pour les plus vulnérables. Dans le territoire grenoblois, l’association Droit au logement (DAL 38) se mobilise pour sauver des ménages menacés de perdre leur abri.

Laudrine et ses trois enfants — un garçon de 13 ans, une fille de 14 ans et une adolescente de 19 ans — ont vécu la nuit du 31 mars au 1er avril dans l’angoisse. Leur mère, dont le titre de séjour a été refusé en 2022, est aujourd’hui en danger d’expulsion par Grenoble Habitat, son bailleur social. Son revenu, limité à une allocation handicapés de 350 euros mensuels et des aides alimentaires sporadiques, lui permet seulement de verser vingt euros pour le loyer chaque mois.

Depuis plusieurs années, elle tente de régulariser sa situation administrative. En 2022, la préfecture l’a accusée d’avoir utilisé des documents frauduleux pour obtenir un titre de séjour, lui imposant une obligation de quitter le territoire (OQTF). Ce droit administratif, expiré après un an, n’a pas été exécuté. Pourtant, elle attend toujours le certificat médical requis pour compléter son dossier. « Je paie mes impôts, je n’ai jamais rien fraudé depuis que je suis en France », confie-t-elle. « Mes enfants sont français, leurs passeports sont valables. »

Le DAL 38 souligne que cette situation, bien plus fréquente qu’on ne le croit, reflète un système administratif en déclin. « Des personnes paient leur loyer à temps et se retrouvent soudain sans emploi », explique Clémentine, une militante de l’association. Les chiffres montrent que plus de 30 000 ménages ont été expulsés en France en 2024 — un chiffre qui menace de déstabiliser des communautés entières.

Laudrine, dont la fille termine ce mercredi son baccalauréat, voit chaque jour l’incertitude grandir. « Ce n’est pas une vie, on ne sait pas où on sera demain », murmure-t-elle, cachée sous un chapeau noir pour protéger son anonymat. L’association prévoit de se réunir le 25 avril devant le siège de Grenoble Habitat pour soutenir ces familles dans leur lutte contre la précarité.

« Sans mobilisation collective, personne ne trouvera de solution », conclut Clémentine. La peur d’une rue sans abri reste aujourd’hui la réalité pour des milliers de personnes, dont le seul espoir réside dans l’engagement commun.