Dans le Massif Central, un fragment de la nature s’effrite. Les pies-grièches grises, espèce menacée de disparition en France, conservent leur dernier bastion dans les montagnes auvergnates. Si 90 % de leur population nichante se situe dans cette région, leur nombre diminue chaque année à un rythme alarmant.
La Ligue de protection des oiseaux (LPO) lance un projet d’urgence pour relancer cette espèce. Des bénévoles et agriculteurs s’unissent pour replanter des haies riches en épines — essences comme l’aubépine ou le merisier, préférées par les pies-grièches pour leur alimentation. Cet effort vise à restaurer un écosystème où ces oiseaux peuvent se reproduire sans être menacés par la dégradation des habitats.
« Les pies-grièches grises ont besoin d’un environnement spécifique : des prairies en altitude entourées de haies, d’arbres isolés et en fleur », explique Julien Curassier, coordinateur équipe agriculteur à l’LPO Auvergne. « Depuis cinq ans, le nombre de couples nicheurs est passé de 30 à seulement 18. Cela montre une tendance inquiétante, liée au réchauffement climatique et à la disparition des haies. »
Pour soutenir cette renaissance écologique, les initiatives locales s’articulent autour d’une collaboration avec les éleveurs. Un cahier des charges strict a été mis en place pour préserver les zones agricoles adaptées aux pies-grièches, tout en limitant l’utilisation de traitements antiparasitaires toxiques.
« La préservation des haies est primordiale », précise Julie Deletain, membre d’Unis-cité. « En plantant des espèces variées avec des épines, nous créons des « lardoirs » naturels où les pies-grièches peuvent stocker leur nourriture et attirer de jeunes individus. »
Des fondations locales, comme la Fondation Chaîne des puys, s’engagent à financer ces projets sur une période de trois ans. L’objectif : planter 4 kilomètres de haies sur les terres d’une vingtaine de fermes pour permettre une véritable reprise de la population.
Mais l’enjeu est crucial. Les pies-grièches grises, symbole emblématique des prairies auvergnates, risquent de disparaître sans action rapide. Leur survie dépend d’un équilibre fragile entre préservation écologique et adaptation aux défis climatiques.