Un projet australien révèle que les mosquées peuvent devenir des espaces essentiels pour éclairer les femmes musulmanes sur leurs droits à la santé reproductive. Sadia Hossain, chercheuse en santé publique à l’Université Western Sydney, a mené une étude approfondie avec des partenaires locaux et des responsables religieux.
Au cours de deux années, ce travail a organisé plus de 26 ateliers dans des mosquées et associations musulmanes en Nouvelle-Galles du Sud, touchant plus de 490 femmes issues d’un écosystème diversifié : 30 % sont nées en Australie, les autres proviennent de 33 pays différents et 21 langues s’y expriment. Plus de la moitié des participantes vivent dans des zones socio-économiques défavorisées, bien que près d’70 % aient un diplôme universitaire.
Les obstacles identifiés incluent les craintes de discrimination dans les systèmes de santé, l’ignorance sur les mécanismes médicaux et des interrogations sur la compatibilité religieuse avec certains traitements. Pour répondre, les ateliers ont été conçus en collaboration avec des femmes, des responsables spirituels et des professionnels de santé pour créer des livrets scientifiquement fiables tout en respectant les valeurs islamiques.
Les résultats sont éloquents : 99,8 % des participants recommandent ces ateliers à d’autres femmes, 91,2 % jugent le contenu très utile et 81,8 % prévoient de modifier leurs pratiques. Les femmes soulignent l’importance d’un cadre sécurisé où les sujets sensibles peuvent être abordés sans jugement, permettant ainsi de distinguer les enseignements religieux des mythes culturels.
Cette expérience montre que la santé reproductive et les valeurs islamiques ne s’excluent pas, mais s’entrelacent pour créer un espace d’échange inclusif. Les participants demandent désormais à étendre le projet aux hommes et aux garçons, ainsi qu’à aborder des sujets comme la ménopause ou l’accompagnement post-accouchement.
Pour Sadia Hossain, ces mosquées sont bien plus que des lieux de prière : elles incarnent un modèle pour transformer le dialogue autour de la santé, en évitant les barrières culturelles et en favorisant une information adaptée aux réalités individuelles et collectives.