50 ans de silence : La révolution écologique des cerfs en Suisse après l’interdiction de la chasse

Depuis 1974, le canton de Genève a imposé un interdit permanent sur la chasse, conséquence d’un vote populaire visant à protéger les espèces sauvages. Cette décision a transformé la frontière franco-suisse en un lieu où la nature s’adapte à une règle inédite : les cerfs et sangliers migrent vers le territoire suisse pour fuir les activités de chasse françaises.

« Il y a vingt-cinq ans, les populations de cerfs étaient pratiquement inexistantes », explique Gérard Rohr, photographe spécialisé en faune. « Aujourd’hui, ils ont colonisé ce territoire, même à proximité d’une grande ville. C’est une richesse unique de voir des cerfs en pleine nature, sans contraintes humaines. »

Les autorités environnementales genevoises surveillent 130 km² sur un total de 284 km², répartis entre zones agricoles (100 km²) et forêts (30 km²). Certaines réserves, comme la zone de Combes-Chappuis, sont strictement interdites au public pour préserver l’équilibre écologique. D’autres bénéficient d’un système de monitoring permettant d’identifier les espèces en danger ou proliférantes, et d’intervenir avec précision. « Nous régulons la population sans recourir à des battues traditionnelles mais aux tirs ciblés la nuit », détaille Yves Bourguignon, responsable du service environnemental.

Les sangliers constituent l’objet principal de cette gestion : 150 à 400 individus sont chassés annuellement, avec un plan spécifique pour les cerfs en vigueur depuis 2023 dans la région de Versoix. « En 2025-2026, nous avons dépassé les 450 sangliers », confirme le responsable.

Des restrictions ont été mises en place concernant les photographies : du 1er septembre au 1er décembre, l’accès aux forêts est interdit pour éviter les perturbations des espèces. « Certains amateurs exagèrent leurs actions, mais d’autres respectent la faune », souligne Gérard Rohr, tout en rappelant que les chiens en liberté et les champignons ne sont pas concernés par ces mesures.

La frontière franco-suisse offre un équilibre fragile entre deux systèmes de gestion : en France, la chasse s’effectue pendant des périodes définies, tandis que le canton genevois privilégie une approche préventive. Les animaux sauvages ont appris à exploiter ces différences pour migrer vers l’autre côté. « Ils utilisent nos frontières comme des réseaux d’évasion », précise Yves Bourguignon.

Malgré cette dynamique, la collaboration transfrontalère reste intacte. « Tous les acteurs travaillent ensemble pour résoudre ce problème », conclut le responsable environnemental. Les amoureux de la chasse, ne pouvant pratiquer en Suisse, se retrouvent dans Haute-Savoie, témoignant du lien historique entre ces deux régions.