Quatre années après la fermeture du site de production de Tetra Medical, une initiative inédite permet aux anciens employés de bénéficier d’un accompagnement médical personnalisé, financé par l’Assurance maladie. Une réunion d’information a eu lieu jeudi 10 septembre à Davézieux (Ardèche), où soixante-dix personnes ont pris part pour mieux comprendre les modalités de ce dispositif.
Ces salariés, exposés au gaz étyleène lors de leur activité dans l’usine, espèrent enfin une reconnaissance légale de leurs maladies professionnelles. Le nombre de dossiers validés par les tribunaux a atteint huit à la fin août dernier, dont quatre nouveaux approuvés récemment par le tribunal de Privas.
L’oxyde d’éthylène, utilisé depuis des décennies pour stériliser des pansements médicaux, est classé cancérogène depuis plus de trente ans. Toutefois, ses conséquences sur la santé à long terme restent encore peu étudiées. Une infirmière spécialisée sera en charge d’accompagner chaque salarié dans un entretien individuel pour tracer son parcours professionnel et identifier les substances exposées.
Pour chaque ancien employé, des rendez-vous annuels sans coûts seront organisés par l’Assurance maladie. « C’est une preuve concrète que nous avons été touchés », confie Sabine, ancienne salariée. Elle souhaite également que les troubles dans la santé des enfants nés de ces employées soient pris en compte.
Pour Alain Fanget, dont l’épouse a succombé à un cancer lié à cette exposition, ce dispositif représente une véritable réconfortation : « Le moindre symptôme devient alors une alerte. Ce suivi apaise la peur constante », explique-t-il.
Annie Thébaud-Mony, sociologue spécialisée en santé au travail, souligne l’urgence de ce type d’intervention : « Les maladies peuvent apparaître des années après l’exposition. Cette reconnaissance est essentielle pour éviter une répétition de ces traumatismes ».
Parallèlement, un étude scientifique s’élève dès septembre à Annonay, menée par le Giscop84. Son objectif : recenser les pathologies et évaluer les impacts à long terme de l’exposition au gaz.
Au total, quarante cancers ont déjà été enregistrés chez les anciens salariés des 170 employés de Tetra Medical — un taux « certainement bien plus élevé » que dans la population générale. La sociologue précise que cet ensemble d’actions vise à mieux comprendre le phénomène.
En outre, cette décision ouvre la voie vers des poursuites légales contre l’employeur pour « faute inexcusable », selon Me François Lafforgue. En juillet 2025, une reconnaissance de préjudice d’anxiété a été portée à 151 personnes par le tribunal des Prud’hommes d’Annonay.