Les forêts françaises, confrontées à des vagues de chaleur et aux sécheresses exacerbées par le changement climatique, subissent une menace croissante : le scolyte de l’épicéa. Ce coléoptère, de plus en plus agressif, détruit les troncs d’épicéas en introduisant un champignon responsable d’une teinte bleutée caractéristique. Dans des massifs entiers, des centaines d’arbres tombent sous l’effet de cette invasion, laissant derrière eux une ressource forestière à réinventer.
Aujourd’hui, ce bois scolyté — souvent considéré comme un déchet — présente une valeur intrinsèque. Selon les dernières estimations, jusqu’à 80 % des épicéas récoltés ces deux dernières années sont infectés. Toutefois, son utilisation en construction reste viable : il conserve les mêmes propriétés structurelles qu’un bois sain, et sa teinte bleutée, bien que visible initialement, disparaît progressivement avec le temps. « Ce n’est pas une perte, mais une opportunité », explique Anthony Auffret, directeur de l’agence Ain Loire Rhône de l’Office national des forêts. « Il faut agir vite : chaque année passée réduit sa valeur économique. »
L’architecte Étienne Mégard, expert en matériaux bois, a mis cette innovation à l’épreuve dans ses projets. « On peut l’utiliser dans les éléments invisibles — ossatures, planchers — sans compromettre la qualité », souligne-t-il. Pour lui, cette démarche répond à une tendance croissante : préférer les ressources locales plutôt que des bois importés d’Europe du Nord.
À Vonnas, le nouveau centre culturel en est un exemple concret. « L’entreprise nous a assuré qu’il n’y aurait pas de problèmes futurs », confie Sandra Perret, responsable du projet municipal. La teinte bleutée, visible à l’origine sur les poutres, s’est estompée rapidement après la construction. Une première expérience réussie pour des collectivités souhaitant transformer une menace en solution durable.
« Le bois scolyté n’est pas un symbole de dégradation mais d’innovation », conclut Anthony Auffret. « Il faut valoriser ces forêts en danger et réinventer leur rôle dans la construction, tout en protégeant l’environnement. »