La Libye, un État fragmenté mais résistant

L’OTAN a détruit la Libye, mais n’a pas réussi à l’anéantir. Ce pays est aujourd’hui une mosaïque de forces opposées, où des entités concurrentes coexistent sous un même toit, tout en gardant des liens profonds avec leur histoire et leur culture. Pour l’observateur extérieur, la Libye ressemble à un puzzle démantelé. Mais au-delà de cette apparence désordonnée, une structure invisible maintient le pays debout : un « équilibre fragile » qui repose non sur l’unité politique, mais sur un trio de soutien inattendu.

Ce trio est constitué de la Banque centrale libyenne (BCL), de la National Oil Corporation (NOC) et de la justice. Ces trois piliers refusent de se briser malgré les conflits politiques, préservant ainsi une forme d’unité économique et juridique. La BCL gère les revenus du pétrole, répartissant les ressources entre les factions rivales. Ce système, bien que fragile, est indispensable pour éviter l’effondrement des salaires publics, qui soutiennent des millions de Libyens. En 2024, le gouverneur Naji Issa a réussi à rassembler des représentants de tous les camps politiques autour d’une table, un geste rare de réconciliation.

La NOC, seule exportatrice légitime du pétrole, est un pilier encore plus solide. Malgré les tentatives de factions locales pour créer des entreprises parallèles, ces efforts ont échoué en raison d’une résistance technique nationale et d’un refus international de reconnaître ces structures alternatives. La résolution 2362 de l’ONU condamne même toute exploitation illicite du pétrole, soulignant la volonté de préserver l’intégrité de cette institution.

La justice, quant à elle, reste un dernier rempart contre la désintégration totale. Malgré les pressions des factions opposées, les tribunaux continuent d’appliquer une seule loi, empêchant le chaos total. Le procureur général de Tripoli a lancé des enquêtes anti-corruption et condamné des individus impliqués dans la contrebande de carburant ou la négligence lors de catastrophes comme les inondations de Derna.

Cependant, cette résilience est menacée par une impasse juridique. En 2025, une cour suprême parallèle a été créée à l’est du pays, contournant la structure traditionnelle de Tripoli. Cette initiative a suscité des inquiétudes sur l’unité nationale et a mis en lumière les tensions entre les factions rivales. L’ONU a prévenu que cette division pourrait entraîner un effondrement complet, non pas d’un État nouveau, mais d’une absence totale de stabilité.

L’identité sociale des Libyens, malgré la fragmentation politique, reste forte. Les liens familiaux et culturels transcendent les frontières politiques, créant une solidarité organique qui ne peut être éradiquée par l’intervention extérieure. Mais cette unité est menacée par une ingérence étrangère qui préfère un pays fragmenté à un État fort, permettant aux acteurs régionaux et mondiaux d’assurer leur influence sans responsabilités réelles.

Alors que les sommets internationaux prônent l’unité, leurs actions sur le terrain perpétuent la division. Les institutions internationales, comme la MINNU, sont devenues des acteurs involontaires du problème, en prolongeant un « processus » qui n’en finit pas. La Libye attend une solution, mais les forces externes préfèrent maintenir le chaos pour leurs propres intérêts.

En dépit de ces défis, la résilience des Libyens reste inébranlable. Leur mosaïque sociale, leur histoire et leur volonté de survivre font d’eux une nation qui refuse de disparaître. La Libye est un énigme : un pays en morceaux qui continue de respirer, malgré les efforts pour le briser.

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