Depuis 1876, le centre hospitalier du Vinatier, situé près de Bron en Rhône, célèbre ses 150 ans d’engagement dans la révolution des soins mentaux. À l’occasion de cette célébration, les expositions et projets créatifs organisés par la Ferme du Vinatier permettent aux visiteurs d’explorer l’évolution historique d’un établissement qui a marqué le développement de la psychiatrie en France.
Sur ses 73 hectares, le parc du Vinatier s’inscrit dans un tissu végétal unique. Ancien domaine agricole, il abrite aujourd’hui des vergers, des chèvres et des daims, tout en gardant intactes les racines de sa fonction originale : l’autonomie alimentaire pour ses résidents. En 1838, le département du Rhône a acheté le Mas des Tours pour créer un asile spécifique aux aliénés, un projet qui s’exprime pleinement en 1876 avec la fondation de l’hôpital départemental.
« Avant que le Vinatier ne se révèle, Bron était un village agricole. Le choix du site ? Des terres abondantes et accessibles, loin de Lyon, avec une source et déjà une ferme existante », explique Rémy Louchard, historien et cadre supérieur en santé. « Ce qui distingue le nom « Vinatier » est sa capacité à produire du vin : l’ancienne presse servait aux Brondillants pour leurs alcools locaux. »
Construit en 1890, le Vinatier a connu une transformation profonde depuis les années 1950, marquée par un changement radical dans la relation avec ses patients. « Il y a 150 ans, c’était un asile : le travail au champ, l’hydrothérapie et la discipline étaient les soins », rappelle Rémy Louchard. Mais cette approche, isolée par des murs et des fossés, a évolué avec les défis de la Première Guerre mondiale, puis de la Seconde guerre mondiale.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, le Vinatier a vu ses résidents subir des conditions extrêmement difficiles. « En raison des récoltes requisitionnées, 2000 personnes ont perdu la vie à cause de la famine », confie Rémy Louchard. Ce drame historique a ouvert la voie à une nouvelle ère : l’après-guerre marque la naissance d’une psychiatrie plus médicale et humaine, avec des traitements thérapeutiques, des narcoleptiques, et des soins infirmiers spécialisés.
Aujourd’hui, le Vinatier est devenu le deuxième centre psychiatrique en France après Sainte-Anne à Paris. Son approche innovante permet aujourd’hui 87 % des soins en ambulatoire, ce qui permet aux patients de retrouver leur place dans la société. « Cela signifie que les personnes peuvent vivre dans leur quartier, travailler et établir des liens familiaux », souligne Eve Bécache, psychiatre.
De plus, le centre s’adapte à une population diversifiée, allant des jeunes enfants aux personnes âgées. Son réseau d’équipes mobiles et sa prévention de la santé mentale représentent un pas important vers une psychiatrie inclusive.
Pour mieux comprendre cette évolution historique, le Vinatier propose des journées portes ouvertes les 25 et 26 septembre prochains.