« On courrait pour ne pas se faire rattraper. Ici, on va marcher tranquillement, pas de stress, on est bien. » L’expression du 19 ans Lassana Wague, réfugié malien, résume parfaitement l’évolution de son quotidien depuis sa migration. Après avoir parcouru des centaines de kilomètres à pied pour éviter les menaces dans son pays d’origine, il a désormais trouvé un nouveau rythme : celui de la randonnée en Haute-Savoie.
Sept jeunes réfugiés, venus de Burkina Faso, Afghanistan et autres pays du Sahel, s’entraînent depuis plusieurs mois pour gravir le Mont Buet (3 099 mètres). Leur projet, organisé par l’association Les Bartavelles et Tom en tête, vise à leur offrir une voie d’intégration sociale après des trajets marqués par la vulnérabilité. « On a un budget de zéro pour les activités », confie Élisa Chatel-Louroz, éducatrice spécialisée à Les Bartavelles. Mais le groupe bénéficie du soutien inconditionnel de guides bénévoles comme Fred, qui partage leur parcours depuis des mois.
Pour Bazoumana Makadi, 18 ans originaire du Burkina Faso, chaque pas en montagne rappelle ses longues marches dans les sables d’Afrique subsaharienne. « En Algérie, on a marché beaucoup… C’est là que j’ai appris à me confronter aux défis », explique-t-il. Pour Shahidullah Aman, 19 ans afghan, la montagne est une forme de réconfort après un accident du travail qui lui a coûté les cinq doigts de sa main droite. « Après trois mois à l’hôpital, je suis parti en randonnée… Maintenant, marcher me rappelle que je peux survivre », partage-t-il avec émotion.
L’expérience des jeunes réfugiés montre une transformation profonde. « Ici, on se salut même en passant, contrairement aux villes où personne ne salue », souligne Gounédy Sissoko, 19 ans malien. Leur projet de randonnée n’est pas seulement un loisir : c’est un levier pour retrouver des liens humains et réduire les traumatismes accumulés lors de leur migration.
« Avec le changement climatique, dans 50 à 60 ans, on n’aura plus ce genre de paysage », prévient Bazoumana Makadi. Pour lui, chaque ascension est une revanche symbolique : « Après des déserts et des dangers, monter ici est un retour au calme. »
L’ascension du Mont Buet est prévue pour le 5 septembre prochain. Les jeunes, accompagnés de leurs guides, passeront la nuit dans un refuge avant d’atteindre le sommet, où ils découvriront une dernière fois les montagnes hautes-savoyardes et leur importance écologique.