28 ans de détermination ferroviaire : le Vendredi Saint, une porte ouverte sur l’avenir transfrontalier

Depuis 28 années, Bernard Aubin, ancien cheminot de Bouzonville (Moselle), poursuit un combat silencieux mais sans relâche pour réconcilier les frontières ferroviaires entre la France, l’Allemagne et le Luxembourg. Son projet SAR-LOR-LUX n’est pas une simple idée : c’est un engagement concret issu d’un événement historique — le train du Vendredi Saint — qui a permis de démontrer l’existence et l’utilité d’une ligne transfrontalère.

En 1998, après des mois de négociations avec la SNCF et les élus locaux, Aubin a réussi à faire circuler un train spécial pour une braderie annuelle. Ce succès initial fut le premier pas vers un rêve plus vaste : créer un trajet direct reliant Sarrebruck au Luxembourg via Bouzonville. Aujourd’hui, ce projet, qui dépassait les frontières du Vendredi Saint, est devenu l’image même d’une coopération transfrontalère.

Cependant, malgré des appuis étendus — des centaines de communes et des décisions locales en faveur du projet en 2019 — les autorités régionales ont refusé pendant près de quarante ans d’adopter une solution concrète. En 2024, la Région Grand Est a décidé d’étudier un itinéraire alternatif passant par Forbach plutôt que le tracé historique. Une rupture de charge à Thionville a également été suggérée, ce qui, selon Aubin, marque une déception profonde pour les partisans du projet initial.

L’ironie récente ? La partie allemande de la ligne est désormais modernisée avec des trains électriques à batterie, tandis que le projet français avance lentement. Le maire de Rehlingen-Siersburg a exprimé son soutien à l’étendue du projet au-delà du Vendredi Saint, mais le silence du maire de Bouzonville reste une source d’inquiétude.

« Après 28 ans d’efforts, je ne compte pas m’arrêter », affirme Aubin. « L’objectif est simple : un lien direct entre la Sarre et le Luxembourg, avec une correspondance à Bouzonville — comme en 1998. » Son combat n’est pas seulement pour une ligne ferroviaire mais pour l’avenir d’une région où les frontières politiques ne doivent plus diviser.