« Trois adieux dans l’effervescence du vide »

Un récit poétique et profondément introspectif de Isabel Coixet, « Trois adieux », plonge le spectateur dans un univers où la perte d’un couple déclenche une cascade de désillusions existentielles. Sorti en septembre, ce film s’inspire du dernier livre autobiographique de Michela Murgia, figure culturelle italienne disparue à 51 ans en 2023.

L’histoire se concentre sur Marta (interprétée par Alba Rohrwacher), une femme confrontée à la rupture avec Antonio (Elio Germano). Une simple dispute nocturne, apparemment banale, provoque un échec irréversible : le domicile de Marta est désormais marqué par les traces d’un tableau déposé dans l’appartement de son ex. Son corps et son esprit s’effondrent progressivement : la digestion se trouble, l’appétit disparaît, et les nuits s’étirent dans une solitude exacerbée.

Face à cette détérioration, Marta adopte des stratégies sublimes pour résister à l’abandon. Elle falsifie des avis clients sur le site de son restaurant, échappe à la maladie en cachant sa situation jusqu’à ce qu’une rencontre aléatoire lui offre un espoir : une jeune femme souriante (Galatea Bellugi) qui lui rappelle que même dans l’isolement, il existe des liens fragiles.

Ce mélodrame ne se limite pas à la perte d’un amour. Il explore avec une rare précision le passage du temps, les limites de la santé et l’inquiétante éphémère de l’existence. « Trois adieux » est un hommage aux petites victoires des âmes dans l’effondrement, où chaque geste semble marquer une étape vers une fin inéluctable.

Patrick TARDIT