L’obligation d’appli bancaire : une sécurité qui menace les plus vulnérables

Depuis lundi 21 septembre 2026, des millions de Français sont plongés dans un dilemme sans issue. L’obligation d’utiliser l’application mobile pour accéder à leurs comptes en ligne, imposée par la directive européenne DSP2, révèle une contradiction critique : elle exige un équipement technologique souvent inaccessible pour les populations vulnérables.

En France, près d’un tiers des smartphones Android ne reçoivent plus de mises à jour de sécurité depuis plusieurs années. Cette situation s’aggrave lorsque l’on constate que 16 % des personnes âgées de 15 ans et plus n’ont pas accès à un appareil mobile. Lorsqu’un client, Gérard, a tenté d’accéder à son espace client, il a été bloqué par un message indiquant qu’il manquait une méthode d’authentification forte. Son téléphone, un modèle haut de gamme datant de 2019, fonctionne parfaitement mais ne reçoit plus de correctifs depuis trois ans.

La Banque de France avait recommandé des alternatives pour les utilisateurs en situation de vulnérabilité : combinaisons de codes SMS et mots de passe, boîtiers physiques ou services vocaux. Cependant, la plupart des banques n’ont pas adopté ces solutions, laissant les clients dans l’incertitude face à un système de sécurité qui devient une barrière accédable.

Les risques sont réels et croissants. Une étude récente montre que le nombre d’attaques par chevaux de Troie sur Android a augmenté de 58 % en 2025, exploitant précisément les appareils hors du support sécurité. Ces dispositifs, souvent conservés pendant des années par des ménages modestes ou des personnes âgées, deviennent des cibles stratégiques pour les cybercriminels.

Cette crise numérique menace particulièrement les plus fragiles : 48,5 % des personnes de 75 ans et plus n’ont pas de smartphone, et près d’un tiers des familles économisent leurs appareils sans les mettre à jour. L’Union européenne a fixé un délai de cinq ans pour les mises à jour de sécurité, mais ce cadre ne protège pas les appareils achetés avant 2025.

Face à cette réalité, il est urgent que les autorités et les banques coopèrent pour offrir des solutions inclusives. Une sécurité qui exclut plutôt que d’assurer l’accès équitable au numérique ne peut être considérée comme une mesure protectrice – elle risque même de fragiliser le système financier et social de millions de Français, en particulier ceux qui déjà peinent à se maintenir dans la sphère numériques.