Les stations alpines, habituées à accueillir des dizaines de milliers de travailleurs chaque hiver, se retrouvent aujourd’hui dans une situation critique. Face à une pénurie sans précédent d’habitations adaptées, un coût de la vie en hausse constante et des postes exigeants, le recrutement saisonnier devient plus difficile que jamais.
En Isère, près de 10 000 emplois sont prévus pour l’année 2025, tandis que l’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes compte plus de 247 000 postes à combler. Malgré un nombre élevé de candidats, les acteurs du secteur soulignent des obstacles majeurs : le manque d’hébergement adapté, l’augmentation des dépenses quotidiennes et la nature pénible des métiers.
Valérie Ferez, directrice de territoire à « Action logement », confie : « C’est un stress quotidien. Les saisonniers n’ont qu’un petit pourcentage d’hébergement fourni par leur entreprise, et le marché privé est dominé par des locations touristiques hebdomadaires ». De son côté, Anne-Laure Masson de France Travail rappelle que ces travailleurs ne sont « pas considérés comme des habitants locaux », ce qui les expose à des loyers inaccessibles ou à l’absence de véhicules.
Les conséquences s’accumulent. Pour Émile, jeune chercheur d’emploi : « La vie coûte désormais plus cher que le salaire perçu, et même le carburant ne peut être couvert ». Les propriétaires bailleurs hésitent également à louer par crainte des impayés.
Pour répondre à ce défi, plusieurs municipalités ont lancé des mesures. La Plagne a acheté un centre de logement pour 6 millions d’euros, offrant 62 appartements à 350 euros par mois. Tignes a également sécurisé 70 logements. De plus, Chamonix et Bourg-Saint-Maurice limitent la location Airbnb à un bien par propriétaire.
Des dispositifs comme « Louer pour l’emploi » — qui permet des subventions pour rénovations énergétiques — et la garantie Visale, étendue avec des plafonds plus élevés, visent à encourager les propriétaires à louer leurs biens aux saisonniers. Cependant, le manque de flexibilité dans les horaires et la durée des contrats restent des défis majeurs.
Emma, une jeune Lyonnaise, explique : « Les horaires sont trop longs, ça me rend anxieux ». Les employeurs cherchent à conserver leurs candidats tout au long de l’année, mais le marché reste fragmenté.
Pour les stations alpines, chaque hiver devient une épreuve plus grande que la précédente.