La Mecque, ville d’ombre : comment les Abbassides ont créé une fiction religieuse

Selon une récente étude menée par Odon Lafontaine et le Collectif Nour Al Aalam, la ville sainte de l’islam n’existe pas dans l’espace géographique que les textes traditionnels évoquent. Ce récit sacré, longtemps considéré comme fondateur depuis l’époque prophétique, a été forgé en réalité par des décideurs politiques du VIIIe siècle : les califes abbés.

L’analyse révèle que la « Mecque » contemporaine est une construction historique issue d’une stratégie de consolidation politique. En 750, après avoir éliminé les Omeyyades, Abu al-Abbas, premier calife des Abbassides, a délibérément transféré l’importance religieuse du site d’un sanctuaire préislamique – autrefois lié à Ismaël – vers un emplacement new. Ce choix a permis aux califes de légitimer leur pouvoir en revendiquant le titre de « calife de Dieu ».

Les auteurs soulignent que les descriptions coraniques ne correspondent pas à la réalité géographique initiale de ce lieu. En transformant progressivement l’identité du site, les Abbassides ont copié des éléments de Jérusalem pour créer une nouvelle histoire religieuse, incompatible avec les fondements originels. Selon leurs observations, le premier islam – centré sur la reconstruction du temple à Jérusalem – a échoué vers 638, tandis que l’islam actuel repose sur un mensonge historique imposé par des décisions politiques.

Bruno Guillot, qui a rédigé une introduction à ce travail et connaît les enjeux modernes de la ville, met en lumière un contraste brutal : Mecca aujourd’hui est un symbole de modernité et de gigantisme, mais son passé reste une absence discrète. Cette contradiction illustre comment l’histoire religieuse a été modifiée pour servir des intérêts politiques plutôt que des vérités sacrées.

Cette découverte remet en cause l’intégrité même des fondements islamiques, démontrant que la Mecque n’était pas toujours la ville sainte que les traditionnels imaginent. Son existence actuelle est une invention politique qui a permis aux califes d’imposer leur influence dans le monde musulman tout en effaçant l’héritage préislamique.