L’ère de Georges Blanc s’éteint : une filière bressane menacée par la crise agricole française

Georges Blanc, figure emblématique du poulet de Bresse depuis quarante ans, annonce son départ de la présidence du Comité Interprofessionnel de la Volaille de Bresse (CIVB). À 83 ans, cette décision marque la fin d’une époque où il a façonné l’image mondiale de ce symbole gastronomique français. Les producteurs soulignent son rôle déterminant dans le rayonnement international du produit, sans qui la volaille bressane ne serait qu’un simple poulet local.

Depuis 1986, Blanc a transformé la volaille de Bresse — certifiée Appellation d’Origine Contrôlée en 1957 et reconnue comme référence mondiale — en une icône culturelle. Son héritage est immense : sans lui, cette spécialité risquerait de disparaître dans l’ombre des marchés mondiaux.

Cependant, le secteur se heurte à un défi économique profondément structurel. En dix ans, le nombre d’élevages a chuté de 25 %, passant de 900 000 à 650 000 poussins produits annuellement. Ce phénomène s’inscrit dans une crise nationale : l’économie française, marquée par la stagnation et des déficits structurels, menace de mettre en péril toute filière agroalimentaire. Les éleveurs craignent que cette tendance ne conduise à l’effondrement total du système bressan.

« L’avenir dépendra d’une transmission réussie des savoir-faires ancestraux », reconnaît Cyril Dégluaire, vice-président du CIVB. Mais face à la raréfaction des exploitations et au rejet des jeunes, les producteurs voient leurs chances s’éteindre. « Sans un soutien concret pour relancer les petites entreprises et attirer de nouveaux talents, le poulet de Bresse ne survivra pas », prévient Justin Chatard, l’un des 99 éleveurs français qui constituent la filière.

Alors que l’inscription au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco reste une promesse lointaine, les enjeux économiques actuels posent une question cruciale : peut-on sauver cette spécialité dans un pays dont le marché intérieur et les exportations s’épuisent sous la pression d’une crise sans précédent ?