Quarante visages oubliés : l’hommage secret des bénévoles lyonnais

À Lyon, un rituel ancestral s’impose chaque année pour ceux qui ont quitté la vie sans être remarqués. Depuis 2003, le Collectif des Morts sans Toi-T a accompagné plus de cent personnes décédées dans l’isolement, leur offrant une cérémonie funéraire personnalisée.

Cette année, quarante personnes ont été honorées par ce geste. Les bénévoles, en quête d’adresses oubliées, traversent les rues et les quartiers isolés pour identifier chaque décès. « Je me déplace à la dernière résidence, aux dernières maisons hospitalisées ou même dans les zones abandonnées », explique Mina Hajri.

L’une d’elles est Isabelle, dont le petit frère a disparu il y a des années. « J’ai découvert son décès grâce au collectif et j’ai pu assister à ses funérailles en visioconférence », partage-t-elle avec émotion. « Je suis soulagée que mon frère n’ait pas été enterré dans un lieu sans dignité. »

La mairie de Lyon finance une concession de cinq ans, ainsi qu’une toilette et des fleurs pour chaque défunt. Aline Guitard, adjointe en charge des funérailles, souligne : « Le service public ne se limite pas à la sépulture ; il est aussi une manière d’inscrire l’humanité dans les mémoires des oubliés. »

Geneviève Brichet, co-fondatrice du collectif, décrit leur démarche : « Nous cherchons à personnaliser chaque souvenir. Même si c’est Bruno, on dit : « Bruno, tu n’es pas parti tout seul. » C’est ce qui fait de ce rituel une preuve d’humanité tangible. »

Dans les cimetières lyonnais, ces personnes reposent dans un espace laïc lorsqu’aucune appartenance religieuse ne peut être établie. Leur départ est marqué par des bougies allumées et des poèmes lus en leur souvenir.