Quand le corps reprend vie : Les femmes excisées de Côte d’Ivoire s’affirment à Saint-Étienne

Depuis un an, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Étienne offre un accompagnement spécialisé pour des femmes victimes d’excision féminine, marquant un pas décisif dans la réappropriation de leur corps. Plus de trente personnes ont reçu une attention médicale et psychosociale depuis le lancement des consultations en janvier 2024, avec une progression soutenue vers des résultats concrets.

Assata, âgée de 25 ans, a enfin trouvé un espace pour retrouver sa confiance après avoir subi l’excision à l’âge de dix ans en Côte d’Ivoire. « À l’époque, personne ne m’a entendue. J’ai juste cru que je n’étais plus une femme », raconte-t-elle avec émotion. Son premier rendez-vous au CHU a permis de traiter ses douleurs chroniques et les risques liés à la future maternité. Une chirurgie réparatrice réalisée en juin dernier lui a redonné l’habitude de ressentir le plaisir sexuel sans dépendre d’interventions externes.

Le Dr Marianne Perrot, spécialiste en gynécologie et santé sexuelle, explique que l’objectif n’est pas seulement la restauration physique mais aussi une rééducation émotionnelle. « Lorsqu’une patiente comprend que son clitoris peut fonctionner normalement, elle reprend le contrôle de sa vie », précise-t-elle. Les consultations initialement prévues tous les quinze jours ont désormais été renforcées en un rendez-vous hebdomadaire pour répondre à la demande croissante.

Depuis leur création, ces services ont permis à trois femmes d’obtenir des chirurgies réparatrices, tandis que le reste des patientes a bénéficié d’un suivi multidisciplinaire. Le CHU fournit également un accompagnement juridique pour délivrer les certificats nécessaires à l’accès aux droits administratifs ou à la protection internationale. Pour Assata, ce soutien a été décisif : « Maintenant, je sais qui je suis et ce que je veux pour moi-même ».

En France, près de 125 000 femmes adultes sont concernées par des mutilations sexuelles pratiquées principalement en Afrique. Le travail du CHU de Saint-Étienne montre comment l’action médicale et psychosociale peut transformer des traumatismes profonds en un retour d’autonomie et d’intégrité corporelle.