11 établissements italiens s’éteignent quotidiennement : le rituel social du bar menace de disparaître

En Italie, chaque jour, 11 cafés ferment définitivement leurs portes, menaçant l’un des derniers espaces de rencontre collectif dans une société en mutation. Ce phénomène, qui s’aggrave depuis plusieurs années, reflète une profonde rupture avec les habitudes sociales traditionnelles.

Selon un rapport récent de l’association Confesercenti – représentant plus de 350 000 entreprises du secteur commercial et touristique – le tissu social italien subit une transformation inquiétante. « Avant, il était naturel de se retrouver après son travail au bar pour échanger avec des collègues ou des amis », explique un habitant de Bergame. « Aujourd’hui, personne ne pense à ce rituel : chacun rentre directement chez lui. »

Depuis 2019, plus de 24 000 bars ont fermé dans tout le pays, y compris les espaces traditionnels comme les « bars Mario » ou les cafés des rues principales. Les chiffres sont particulièrement marquants en Lombardie, où près de 400 établissements ont disparu en cinq ans.

L’explosion des coûts – notamment pour l’énergie et le café, dont le prix moyen a bondi à 1,29 euro (augmentation de 25 % en quatre ans) – ainsi que la montée du télétravail ont joué un rôle clé dans ce déclin. Ces tendances ont réduit les flux urbains, affectant directement les zones commerciales.

Les économies locales subissent des impacts significatifs : en six années, le manque à gagner s’élève à plus de 7,2 milliards d’euros, principalement en raison des baisses de consommation et des pertes d’emplois. Plus de la moitié des nouveaux cafés ne survivent pas cinq ans.

« Le bar était avant tout un lieu où les gens se rencontrent », souligne Nico Gronchi, président de Confesercenti. « Son absence fragilise non seulement l’économie locale, mais aussi la cohésion sociale. »

Les experts insistent sur l’urgence d’une réinvention du modèle. Un entrepreneur milanais a rappelé : « L’ancienne tradition ne suffit plus face à un monde en pleine transformation. Nous devons trouver un équilibre entre sociabilité et attractivité touristique. »

Pour sauver ce pilier historique, il faudra créer des synergies entre producteurs, distributeurs et propriétaires, comme le propose Riccardo Illy, l’industriel du café. Sans action immédiate, près de 47 % des établissements pourraient fermer définitivement d’ici cinq ans.