Le Centre Hospitalier Universitaire de Clermont-Ferrand s’engage dans un projet sans précédent en France pour permettre aux chiens de compagnie des patients hospitalisés en réanimation d’intervenir dans leurs chambres. Cette initiative, lancée depuis la fin de l’année 2025, marque une rupture avec les pratiques traditionnelles en matière de soins.
Contrairement aux autres programmes utilisant des animaux d’accompagnement, cette étude se concentre exclusivement sur les chiens personnels des patients. Le Dr Matthieu Jabaudon, anesthésiste-réanimateur et chef du pôle de médecine périopératoire au CHU, explique que l’objectif est d’évaluer la viabilité pratique de cette approche, qui n’est pas couramment adoptée dans ce contexte.
À ce jour, l’étude a inclus trois patients pour quatre chiens. L’objectif final vise à atteindre 21 cas sur deux ans, avec un succès mesuré par au moins huit visites réussies. « Pour nous, la simple présence du chien dans la chambre constitue le critère de réussite », précise le médecin.
Pour sécuriser les patients et les équipes, un protocole rigoureux a été développé en collaboration avec une vétérinaire et un éducateur canin. Les critères d’éligibilité imposent que le patient soit majeur et hospitalisé au moins 48 heures, tandis que les chiens doivent être exempts des catégories de risque (1 et 2), à jour de leurs vaccinations et ayant reçu un traitement antiparasitaire récent.
La préparation commence bien avant la visite : des vêtements hospitaliers du patient sont conservés pour permettre au chien d’acclimater l’odeur. Le jour J, le chien entre par une porte cachée afin de ne pas perturber les flux, équipé d’un harnais adapté. Les séances durent en moyenne 15 minutes, voire plus.
Cette expérience vise à atténuer l’isolement émotionnel et cognitif courant dans les salles d’urgence. « La présence d’un animal de compagnie rappelle aux patients leur lien affectif, ce qui peut réduire leur anxiété et améliorer leur bien-être », souligne le Dr Jabaudon. Une dernière observation a montré que le chien a léché la main du patient lorsqu’il était conscient.
Les chercheurs espèrent observer des bénéfices cliniques à long terme, notamment une diminution de la consommation d’antidouleurs ou de sédatives, ainsi qu’une réduction notable du « délire » – un état de confusion fréquent en réanimation. L’étude pourrait donc transformer durablement les pratiques médicales en France.